25 mai 2010

Réaction à "Note sur le bancor" de Paul Jorion

Paul Jorion publie aujourd'hui une Note sur le bancor. Le sujet de la réforme du système monétaire international a vite été balayé, avec la poussière, sous le tapis. Le bancor est à mon avis le contraire de ce qu'il faudrait faire, mais au moins cela remet le sujet au-dessus du tapis !

Lectures :
Anderson, B. (3/2/1944) International Currency. Gold vs bancor or unitas


zébu dit :

@ Paul Jorion :

1/ le Bancor est-il convertible en monnaie ‘locale’ ou non ? [...]



Gu Si Fang dit :

Bonjour zébu,

Non, le bancor n’avait pas cours légal et n’était pas convertible.

Pour comprendre les systèmes monétaires politiques, il est indispensable de comprendre qui a le pouvoir et qui a des devoirs. Les principaux principaux cas de figure sont les suivants :
- le cours légal, par lequel une banque centrale a le pouvoir d’imposer sa monnaie aux habitants du territoire national, qui ont le devoir de l’accepter
- la convertibilité, par laquelle une banque (centrale ou non) a le devoir de livrer « quelque chose » chaque fois qu’un individu lui présente sa monnaie
- la convertibilité entre banques centrales, par laquelle une banque centrale a le devoir de livrer « quelque chose » chaque fois qu’une autre banque centrale lui présente sa monnaie nationale

Un bon point de départ pour analyser la situation d’un acteur consiste alors à regarder l’équilibre de ses pouvoirs et de ses devoirs.

Dans le plan de Keynes, les gouvernements ne s’engageaient pas à imposer le bancor par la loi à leur population. Ils s’engageaient simplement à l’imposer à leur banque centrale. L’émetteur du bancor ne s’engageait pas à convertir le bancor (ceci répond à votre question).

Dans le bancor, seule les monnaies nationales auraient eu cours légal. Mais on rajoutait un étage : la banque centrale se voyait imposer un nouveau devoir, puisqu’elle devait remettre des bancor chaque fois qu’une autre banque centrale lui présentait de la monnaie nationale. Le bancor était un panier de biens réels, et la banque centrale ne s’engageait évidemment pas à livrer du charbon, de l’acier, ou que sais-je encore, mais un système de compensation arrivait à un résultat équivalent. Je vais donc faire « comme si » afin de simplifier la présentation.

On arrive donc à une hiérarchie du pouvoir à deux étages qui permet de comprendre la situation des banques centrales :
- chaque banque centrale avait un pouvoir vis-à-vis de la population locale (cours légal)
- chaque banque centrale avait un devoir envers les autres banques centrales (livrer des bancor)

Ceci aurait créé mécaniquement une demande de bancor de la part des banques centrales. Le bancor avait beau n’être qu’une unité de compte, et pas une monnaie, ne pas être utilisable pour effectuer des paiement, ne pas être convertible, et ne pas avoir cours légal, les banques centrales devaient détenir des bancor, simplement pour répondre aux demandes de conversion. Celui qui avait le pouvoir de créer ces bancor si prisés se retrouvait dans une situation très enviable.

Dans un tel système, le pouvoir de chaque banque centrale est contrebalancé uniquement par l’obligation de livrer des bancor. Si elle émet trop de monnaie, ses « réserves » de bancor fondent et limitent sa capacité à imprimer. L’émetteur du bancor devient le détenteur ultime du pouvoir de création monétaire, sans aucun devoir en contrepartie. Le système a donc les avantages de ses inconvénients. En instituant un pouvoir monétaire international, il permet de régler certains désordres monétaires entre banques centrales. Mais en créant un pouvoir centralisé sans contrepouvoir, il risque de créer un désordre monétaire international : l’inflation simultanée de toutes les banques centrales.

Je sais que, sur ce blog, certains appellent de leurs voeux l’inflation. Ils peuvent donc voir le bancor d’un bon oeil. Mais il ne faut pas confondre les deux objectifs : régler le problème de coordination entre banques centrales, et augmenter l’inflation (sic). Pourquoi créer une institution qui peut accroître le potentiel inflationniste des banques centrales ? Pour créer un contrepouvoir aux banques centrales ? Le cours légal est contrebalancé par le bancor ? Mais, dans ce cas, plutôt que d’empiler et de hiérarchiser les pouvoirs, une autre direction consiste à diminuer le pouvoir des banques centrales, jusqu’à abolir le cours légal. C’est une autre discussion…

24 juillet 2009

Yves Guyot - Inflation et déflation

Guyot est l'un des rares économistes français à avoir écrit sur la déflation. Voici quelques pages extraites de son livre de 1921.
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